Le monastère du Grand Météore (Transfiguration)

A. Histoire et chronique de construction du monastere

La fondation du monastère du Grand Météore ou de la Transfiguration constitue une étape ou plutôt le point de départ du monachisme organisé aux Météores. Cette institution est la plus ancienne, la plus grande et la plus importante des monastères de la région, comme d’ailleurs son nom «Grand Météore ou simplement «Météore» l’indique. Situé au sommet d’un imposant rocher, il détient une place dominante dans le complexe monastique.

Il fut construit vers le milieu du XIVe siècle par le bienheureux Athanase, surnommé Météorite, son premier fondateur et celui qui l’a organisé en communauté. Athanase, né en 1302, est issu d’une famille illustre de Hypate (la ville médiévale connue de la Nouvelle Patra ou Nouvelles Patras) et était prénommé Andronic dans le monde. Il a reçu une bonne éducation et une solide formation, étant très versé dans les lettres.

Après la mort prématuré de ses parents et l’occupation de sa ville natale par les Catalans, vers 1318/19, il cherche refuge chez son oncle à Thessalonique et ensuite au Mont Athos où, à cause de son jeune âge, il n’est pas reçu comme postulant par les pères athonites.

Nature inquiète et dynamique, Andronic se lance dans des nouvelles pérégrinations et recherches. Il se rend à Constantinople, où il fait la connaissance et fréquente des hommes des lettres et des ecclésiastiques illustres, comme Grégoire le Sinaïte, Isidore plus tard Patriarche œcuménique (17 mai 1347 — février/mars 1350), Daniel l’hésychaste et d’autres personnalités éminentes de la communauté monastique qui l’initient aux secrets de la vie ascétique. De cet enseignement, il en tire l’ "essentiel comme du miel".

Il se rend ensuite et il séjourne à Crète pour un certain laps de temps. Il revient au Mont Athos en 1332, alors qu’il avait environ trente ans. Là, à Miléa il est admis comme novice chez deux vertueux anachorètes «ayant poussé la vertu à l’extrême», Grégoire et Moïse. Il reçoit la tonsure et le prénom Antoine de son père spirituel Grégoire. Il ne tarde pas à entrer dans les ordres majeurs et prend son prénom de moine définitif, Athanase.

Cependant, les fréquentes incursions des Turcs, l’adversité des circonstances et les difficultés de l’époque obligent Athanase et son père spirituel Grégoire de quitter le Mont Athos. A Thessalonique et à Verria, où les deux anachorètes sont de passage, plusieurs personnes influentes leur proposent de demeurer avec eux en assurant leurs moyens de subsistance. Ils déclinent cependant ces offres, surtout parce qu’Athanase répugne le tumulte mondain et le bruit des villes.

Ainsi, sur le conseil de l’évêque de Servia Jacques, ils se réfugient à Thessalie sur les rochers de Stagi que le biographe d’Athanase décrit en ces termes: «Des hauts et grands rochers qui sont là depuis le début du monde, œuvre du Créateur (...) Ils se sont donc rendus en ces lieux et ont trouvés les rochers tels qu’on les leur avait décrits, mais personne n’y habitait hormis des aigles et des corbeaux».

C’est au rocher de Stylos (colonne), appelé aujourd’hui rocher du Saint-Esprit, que se sont installés Athanase et Grégoire. Ce dernier a demeuré là—bas une dizaine d’années d’où son surnom «stylite». Quant au solitaire Athanase, recherchant encore plus d’ascèse et de tranquillité, s’est retiré après un certain laps de temps avec le consentement de son père spirituel «dans une certaine grotte du rocher», ou pendant ses heures de repos il fabriquait des paniers.

En 1340 cependant, en recherchant à nouveau davantage de solitude et de calme, toujours avec la permission de Grégoire, il a choisi comme «lieu de retraite un rocher situe très haut dan le ciel» où il s’est installé définitivement. Il s’agit du rocher appelé «Platys Lithos» (c’est - à - dire Pierre Large) qu’Athanase a lui-même surnommé «Météore», appellation qui depuis s’est généralisée et se maintient jusqu’à nos jours relativement à l’ensemble des monastères et des rochers des alentours et qui a acquis son renom actuel.

Guidé donc par l’Esprit Saint, l’humble moine Athanase s’est envolé sur ce rocher que seuls les rayons du soleil pouvaient atteindre et caresser, comme le rapporte une lettre sigillaire du patriarche œcuménique Métrophane III (avril 1580): «épris d’amour divin... le bienheureux moine Athanase, poussé par les ailes du Saint-Esprit, fut le premier a monter sur le rocher où seul le soleil avait accès, celui de Stagi, appelé à juste titre «Météore» étant le plus haut. Au sommet, il a trouve un lieu divin, un autre paradis qui, à la place d’arbres divers, donnait des ascètes divins et ou il n’y avait que les fruits du Saint—Esprit».

Là—haut, Athanase a bâti un ermitage et organisé la première communauté monastique organisée selon la règle cénobitique stricte que lui-même a définie. La fraternité sous la direction d’Athanase comptait déjà quatorze membres. Au début, l’anachorète a construit l’église de la Mère de Dieu (la Vierge du rocher Météore) à laquelle a aussi dédié le monastère, comme lui-même le dit à ses disciples et compagnons dans l’ascèse peu avant sa mort: «En premier, je vous confie à la Mère de Dieu, pleine de grâces et toujours vierge Marie, sous les auspices de laquelle ce monastère est légué». Plus tard, il en a bâti une autre, dédiée a la Transfiguration du Christ Sauveur, devenue l’église principale du monastère (katholikon) et qui a donné son nom au monastère lui-même (monastère de la Transfiguration).

Ainsi, Athanase a transformé le rocher abrupt et presque insurmontable en chemin accessible menant droit â la «pierre angulaire», au Christ: «O Père, en travaillant la pierre dure et escarpée j’en ai fait une voie facile menant â la pierre angulaire».

De nos jours, en montant l’escalier taillé dans la pierre qui mène à l’entrée du monastère, on aperçoit à sa gauche l’ermitage du bienheureux Athanase, aménagé dans une cavité naturelle du rocher en habitation rudimentaire et en chapelle. Selon la légende c’est ici que l’ascète a d’abord vécu seul dès sa montée au rocher, avant d’édifier sur la plate-forme l’église et des cellules pour les moines qui, très vite, ont commencé à y affluer.

Humble à l’extrême, Athanase est resté sa vie durant un simple moine. C’est peut-être en raison de cette grande humilité qu’il n’a pas laissé d’écrits, alors qu’il possédait la culture et le savoir nécessaires.

A l’issue d’une courte maladie de la vésicule biliaire et du foie («le père est tombé malade souffrant de la bile»), selon son biographe, Athanase est mort paisiblement à l’âge de 78 ans, vers 1380 (et non pas en 1382/83 comme on croyait à tort jusqu’à présent). Déjà en novembre 1381, la lettre synodale du métropolite de Larissa Nilos concernant le monastère de la Sainte-Vierge de la Grande Porte (Porta-Panaghia), conservée aux archives du monastère de Doussiko (Saint-Bessarion), on voit la signature de «Macaire, moine et père spirituel du Météore». Nous savons que peu avant sa mort, le bienheureux Athanase a désigné comme «père spirituel» du Météore l’hiéromoine Macaire: «Parmi les moines j’ai désigné de mon vivant Macaire pour qu’il veille aux besoins de la cellule; en outre, il doit vous diriger et régler votre conduite spirituelle».

Le véritable successeur et deuxième fondateur du monastère fut cependant Joassaf, ex—roi Jean Uros Ange Comnène Doulias Paléologue. De son vivant, Athanase l’avait désigné comme son successeur: «Conformément à l’avis et à la volonté de tous les pères et frères, il confère plein pouvoir et autorité à Joassaf le roi; et en s’adressant aux autres frères de sa communauté, il commande aux assistants de témoigner la soumission et l’obéissance dues au gouvernant».

Jean-Joassaf était fils du roi gréco-serbe de Thessalie et d’Epire. Siméon Uros Paléologue (1359-1370). Il est né vers 1349/50. Sa mère, prénommée Thomaïs, était fille du despote d’Epire Jean II Orsini (1323-1335) et sœur du despote suivant Nicéphore II Orsini (1359). Du côté de son père, il était apparenté aux Paléologues, famille impériale de Byzance, dont il portait le nom avec fierté. Marie Paléologue -arrière-petite-fille, du côté de son père Jean Paléologue, de l’empereur Michel VIII Paléologue (1259-1282) et petite-fille, du côté de sa mère Irène, de Théodore Métochitès, grand dignitaire, grand logothètes, fondateur de l’illustre monastère de Chora à Constantinople- avait épousé le grand-père de Jean-Joassaf, le roi serbe Etienne III Uros (1321-1331). Joassaf avait un frère cadet, prénommé Etienne. Sa sœur Marie Angéline Comnène Doukas Paléologue (28 décembre 1394), grande bienfaitrice et donatrice du monastère du Météore, avait épousé le despote de Ioannina Thomas Preliubovic (23 décembre 1384).

Vers 1370, son père Siméon Uros meurt et Jean lui succède au pouvoir; dès 1359/60, Siméon avait proclame son fils co-régnant, alors que celui-ci avait à peine dix ans. Très jeune cependant le roi Jean, épris de l’amour divin, renonce au pouvoir et au monde, et échange la pourpre royale contre la soutane monacale.

Il confie alors le pouvoir au césar Alexis Ange Philanthropinos. Ainsi Jean Uros, dernier descendant de la célèbre dynastie serbe des Némanija se retire, approximativement entre novembre 1372 et juin 1373 aux Météores, au monastère de la Transfiguration, où il reçoit la tonsure et prend le prénom de Joassaf a l’âge de 22 ans environ.

Ses derniers et peut-être ses seuls actes officiels de souverain sont deux chartes, émises en novembre 1372 en faveur du célèbre recteur de l’ermitage de Stagi Nilos. Des copies de ces deux documents, sur une seule feuille de papier, sont conservées au monastère de la Transfiguration et exposés dans les vitrines du musée.

Une lettre de donation de la moniale Théodule Kotéanitzéna, datée de juin 1373 et adressée au monastère du Grand Météore, cite le nom du «pieux césar» Alexis Ange Philanthropinos, successeur de Jean Uros, ce qui signifie qu’à cette époque celui-ci avait déjà renoncé au monde et avait pris l’habit de moine.

Selon certaines sources et pour des raisons inconnues, Joassaf a quitté deux fois le monastère pour se rendre à Thessalonique et au Mont Athos. Lorsqu’Athanase, peu avant sa mort, conformément à sa Vie, voulant peut—être se libérer de ses responsabilités administratives en raison de son âge avancé, a cédé au roi—moine Joassaf «tout pouvoir et autorité», ce dernier a quitté peu après le monastère et son rang pour se rendre a Thessalonique: «ayant demeuré sur ce rocher pendant une courte période, il a émigré à Thessalonique». Cet événement doit se situer vers 1379/80.

Cependant, peu après la mort d’Athanase (vers 1380), Joassaf revient au monastère du Météore et assume ses fonctions comme successeur de son père spirituel. Déjà en novembre 1381, on retrouve sa signature parmi d’autres - juste au bas de celle du métropolite de Larissa Nilos - dans une lettre ecclésiastique de ce dernier: «Jean Uros Paléologue qui, depuis sa prise de l’habit angélique, se prénomme Joassaf». En mai 1386, la «dame» de loannina Marie Angéline Paléologue adresse une lettre à son frère, le roi-moine Jean-Joassaf, relative à des dons qu’elle a faits au monastère du Météore. La lettre est actuellement exposée dans le musée du monastère.

En 1394, selon des documents officiels datés d’octobre et de novembre de la même année, Joassaf quitte le monastère du Météore, accompagné de l’hiéromoine Sérapion et des moines Philothée et Gérassime. Tous les quatre s’installent au monastère de Vatopédi au Mont Athos. Ce départ est vraisemblablement dû à l’invasion de Bayazid 1er [en fr. Bajazet] et l’occupation définitive de la région par les Turcs (fin 1393/début 1394). En 1396, comme il ressort d’une lettre athonite du monastère Saint-Denis (signée par le recteur Néophyte, janvier 1400), Joassaf est déjà de retour au Météore qu’il ne quitte plus désormais.

Parmi les départs de Joassaf du monastère on doit mentionner un séjour provisoire à loannina fait pour des raisons familiales vers la fin décembre 1384 et le début janvier 1385, après l’assassinat (23 décembre 1384) du despote de cette ville, Thomas Preliubovic, époux de sa sœur Marie Angéline. Le 31 janvier 1385 Marie épouse en secondes noces Esaü Buondelmonti «le frère de la duchesse de Céphalonie».

Selon les dédicaces officielles du monastère, en l’an 6896 de la création du monde -ce qui correspond en l’an de grâce 1387/88 - à savoir il y a environ six-cents ans, Joassaf fait agrandir et rebâtir l’église initiale érigée par Athanase: «On a ensuite érigé une église très belle dédiée au Christ Sauveur dont une partie, qui s’était écroulée, fut plus tard agrandie en longueur et en hauteur par Joassaf, celui qui lui a succédé à la direction du monastère, telle qu’on la voit aujourd’hui» (Vie d’Athanase). Il s’agit du sanctuaire spacieux en forme d’église cruciforme à trois travées avec coupole, de l’actuel katholikon du monastère, historié d’excellentes fresques de 1483.

En 1385/86, Joassaf finance la copie par le secrétaire de l’évêché de Trikala, le prêtre Thomas Xiros, du code 555 (Actes des Apôtres) du monastère de la Transfiguration. En outre, son vade-mecum, un admirable livre de petites dimensions (12x9,5 cm) contenant les quatre évangiles d’une écriture calligraphique sur parchemin très fin et de qualité parfaite, avec une luxueuse reliure d’argent, se trouve actuellement (manuscrit n° 58) a la Bibliothèque Nationale d’Athènes, où il a été déplacé en 1882 avec d’autres manuscrits des Météores; il porte la signature de Joassaf à la page intérieure de la couverture.

En 1389/90, Joassaf contribue à la fondation et au développement du monastère de l’ «Hypsilotéra», surnommé monastère des Calligraphes, situé sur le rocher abrupt et aujourd’hui inaccessible en face de celui du Météore.

Le métropolite de Larissa Joassaf, dans ses lettres des années 1401/2, qualifie son homonyme qui, selon toute vraisemblance, est mort vers 1422/23 d’ «arbre de haute tige à feuilles persistantes... qui nourrit tout le monde, saint, doux, affable, calme, spirituel, issu d’une racine royale».

Notre Eglise compte Athanase et Joassaf, les habitants du Météore et bâtisseurs d’église, parmi les bienheureux et honore leur mémoire le 20 avril. Un hymnographe inconnu (code 354 du Monastère de la Transfiguration) magnifie et exalte la vertu des divins fondateurs en ces termes: «Ayant escaladé un grand rocher, divin Joassaf et sage Athanase, vous vous êtes hissés au sommet de la vertu, d’où vous êtes montés aux cieux».

Au milieu du XVIe siècle, le monastère connaît un grand essor. Le patriarche œcuménique Jérémie Ier (1522-1546) qui, selon des documents ecclésiastiques officiels, a visité le Grand Météore en 1540, dans une lettre sigillaire de la même année (conservée jusqu’à nos jours), reconnaît et garantit les privilèges et la complète indépendance du monastère à l’instar des monastères athonites.

Selon la dédicace sur une plaque de marbre encastrée, l’imposante nef et le narthex de l’actuel katholikon du monastère furent construits en 1544/45. L’église, bâtie sur le modèle connu d’architecture athonite, est cruciforme à quatre rangées de piliers flanquée des deux conques latérales typiques, appelées chœurs. La nef, selon l’inscription, fut historiée en 1552 sous l’higoumène Siméon et constitue un des plus brillants et remarquables ensembles iconographiques d’art post-byzantin.

Ce même higoumène très actif a fait construire en 1557 le réfectoire du monastère, une imposante et intéressante bâtisse que cinq piliers séparent en deux travées longitudinales, avec des arcs de pierre d’une grande perfection, des coupoles et des croisées de voute. Grâce à ces activités et son importante œuvre de construction, l’higoumène Siméon originaire de l’Epire est considéré comme troisième fondateur du monastère.

A côté du réfectoire, au nord, se trouve comme de coutume le foyer, c’est-â-dire les cuisines du monastère. Le foyer est du type architectural propre aux monastères; il est constitué d’une grande pièce carrée surmontée d’une voute en plein cintre dont le haut forme un petit dôme; les fenêtres du chaton servent à la sortie de la fumée. Outre son architecture intéressante, le foyer aujourd’hui bien conservé présente un autre intérêt pour le visiteur, car on y expose d’anciens ustensiles de cuisine en cuivre, en poterie ou en bois, utilisés autrefois par les moines.

La dédicace, gravée sur une pierre encastrée au mur extérieur, nous renseigne que l’hospice-maison de retraite du monastère fut construit en juillet 1572. Il s’agit d’un bâtiment, lui aussi, intéressant du point de vue architectural dont le toit en pierres est très travaillé surmonté d’une coupole centrale, appuyée sur quatre piliers et avec huit coupoles latérales en forme de croix.

Durant la deuxième décennie du XVIe siècle, le voévode de Valachie Néagoé Basarab (1512-1521), homme pieux et puissant, finance la construction de la tour et de l’escalier extérieur (pas celui qui existe aujourd’hui qui fut taillé sur le rocher en 1922, mais un escalier en bois appuyé verticalement sur le rocher) du monastère comme le mentionne dans sa lettre l’higoumène du monastère du Météore Denis: «feu Jean Néagoé fit construire pour nous une tour au sommet du rocher et un escalier; il renforça les jonctions, dota le monastère de beaucoup de biens et fit don des objets précieux».

Parmi les higoumènes qui ont laissé une empreinte indélébile de leur présence active au monastère, Parthénios Orphidès, «le chantre très mélodieux», détient une place de choix. Il a vécu vers la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle. Plusieurs dédicaces le citent comme restaurateur et donateur d’icônes: dans la chapelle du Précurseur (1784), sur l’iconostase de l’église principale du monastère (1790), dans la chapelle Saints Constantin et Hélène. Il est aussi le donateur d’un prie-Dieu élégant en bois incrusté d’ivoire et portant l’épigraphie suivante: «créé sous le recteur, higoumène du Météore et serviteur des muses, Parthénios Orphidès, qui fit don de cette incomparable œuvre d’art».

Dé son temps (1789) on a érigé la chapelle Saints Constantin et Hélène et on a créé la splendide iconostase en bois sculpté du katholikon du monastère. Enfin, c’est grâce à son initiative et à ses propres frais que l’on a construit (1806) une série de cellules. 

Il a réalisé tout cela en dépit dupait que lorsqu’il avait pris la direction du monastère «celui-ci se trouvait dans une situation de pauvreté extrême, accablé de dettes qui le grevait lourdement». Il décrit lui—même cette situation dans une lettre de quête de cette époque non datée. L’orientaliste suédois Jacob J. Bjôrnstahl, en visite au monastère du Grand Météore du 8 au 25 avril 1779, cite l'higoumène Parthénios qui a cordialement reçu le voyageur étranger, lui a accordé l'hospitalité et l’a aidé dans ses recherches. Le code 329 du monastère contient quelques pièces musicales de Parthénios.

En 1809, après la mort du légendaire prêtre Thymios Vlachavas, férocement martyrisé a Ioannina par Ali Pacha, l’higoumène Parthénios Orphidès se trouve dans la capitale de l’Epire, prisonnier dans les cachots d’Ali Pacha. Le monastère du Grand Météore - comme les autres monastères de la région — avait vraisemblablement encouragé et aidé la révolte menée par l’ecclésiastique enflammé. Ainsi, outre le monastère Saint—Démètre littéralement nivelé par les canons des Turco—albanais, tous les autres monastères des Météores ont aussi connu la furie vindicative du terrible tyran de Ioannina. Une note de Chrysanthos, prêtre simple et illettré (code 106 du monastère de Barlaam), relate les faits de manière émouvante, laconique mais éloquente: «1809... le Pacha captura le prêtre Thymios Vlachavas et l’envoya à loannina pour comparaître devant le vizir et le supplicia atrocement... et une fois la guerre terminée, le vizir ferma tous les monastères et emprisonna à Ioannina tous les higoumènes où ils se trouvent encore aujourd’hui».

On doit, enfin, mentionner l’érudit higoumène du monastère du Météore de la fin du XIXe siècle, l’hiéromoine Polycarpe Rammidès, auteur (1882) de la première histoire générale des monastères des Météores.

Le monastère a deux vieilles chapelles. Celle du Précurseur, avec coupole et toit extérieur à trois pentes de comble, est dans sa forme actuelle une petite église à pièce unique de la fin du XVIIIe siècle. On retrouve cependant des parties plus anciennes avec une destination différente du lieu qui remontent peut-être aux temps des fondateurs du monastère Athanase et Joassaf. Elle fut vraisemblablement transformée en chapelle au début du XVIIe siècle et se situe à l’extrémité est de la face sud du katholikon, près du sanctuaire avec lequel il communique.

La chapelle dédiée aux saints Constantin et Hélène est, elle aussi, une petite église à pièce unique de la fin du XVIIIe siècle avec une belle coupole qui copie l’imposant dôme du katholikon. Selon la dédicace de fondation, encastrée à l’extérieur de la chapelle, elle fut érigée en mars 1789, du temps de l’higoumène Parthénios Orphides, aux frais du moine Denis et de son fils, l’hiéromoine Zacharie, originaires de Konitsa. Elle est située à l’ouest et à proximité du katholikon.

Il existe une troisième chapelle plus récente, dédiée a saint Nectaire, située au rez-de-chaussée de l’aile nord-ouest rénovée des cellules, ornée de fresques contemporaines.

Le monastère du Grand Météore a subi des nombreux ravages dus aux vicissitudes des temps: Incursions d’incroyants et d’impies, vols et pillages, incendies: «En l’an 1609 le monastère fut pillé par des agariens (?)... qui l’ont entièrement détruit; nous écrivons cela pour que les frères qui viendront après nous s’en souviennent» (note sur la fresque du porche à l’extrémité est). Le voyageur suédois J. Bjôrnstahl dans son œuvre «Itinéraire» (écrit en 1779 et publié en 1783) rapporte d’intéressantes notes sur l’histoire du monastère qu’il a lui-même lues dans un évangile manuscrit aujourd’hui inexistant. Selon ces notes, en 1616, un vendredi saint, le monastère fut saccage par le pacha de Ioannina Arslan—bey (1618) qui, <<sous prétexte de se rendre en promenade la—haut et de visiter le monastère avec son escorte, trompa les moines ; aussitôt qu’on les fit monter, il se mit à tirer avec ses soldats sur les moines. Il en tua trois ou quatre et s’empara de tout>>. Quelques années plus tard, le 26 octobre 1633, un grand incendie ravagea ce qui restait du monastère.

* * *

Cependant, en dépit des multiples péripéties et des persécutions durant six siècles, le Grand Météore a continué à manifester sa présence et son rayonnement et a préservé la plus grande partie de ses trésors et de ses reliques nationales et religieuses, Mais le plus important c’est que, durant ces six-cents ans, il constitue un rempart vivant du monachisme orthodoxe, un bastion de la chrétienté et une arche sacrée de la tradition ecclésiastique et nationale de l’Hellénisme.


B. FRESQUES ET ICONES PORTABLES

1. Fresques: La peinture murale du katholikon -à l’exception de celle du sanctuaire plus ancienne d’environ quatre-vingt ans- fut achevée le 8 novembre 1552, du temps de l'higoumène Siméon originaire d’Ioannina, selon la dédicace de fondation au-dessus de la porte d’entrée de la nef: <<Cette église sacrée de la Transfiguration de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ fut édifiée et historiée grâce à la contribution et au labeur des frères du monastère sous l’higoumène Siméon en 1552 [7061 — 5509], le 8 novembre de la onzième indiction>>.

Une autre inscription gravée sur une plaque de marbre, encastrée dans le mur extérieur, à gauche de l’entrée nord du narthex, nous renseigne que la construction du katholikon du monastère a été réalisée en 1544/45: «Cette vénérable église de la Transfiguration de notre Seigneur Jésus Christ fut construite avec la contribution et grâce au labeur des frères du monastère en 1544/5 [=7053 - 5509/8]».

Le spacieux narthex, avec quatre piliers et neuf coupoles cruciformes, est couvert de fresques. Sur les murs (ouest, nord et sud) et sur les voûtes, sont historiées, selon l’usage, des scènes de martyre de saints pour renforcer et encourager la foi et la persévérance du chrétien avant son entrée dans la nef et pour manifester la gloire et la grandeur de l’Eglise. A l’extrémité nord-ouest du mur sud, dans une conque peu concave, au-dessus de leur sépulture, sont représentés en pied les bienheureux fondateurs du monastère Athanase et Joassaf, portant l’habit de moine et tenant ensemble, selon l’usage, une maquette de l’église qu’ils ont fondée. Sur le mur est, à gauche de la porte principale menant à la nef, figure Jean le Précurseur dans une petite conque; à droite, le Baptême du Seigneur. Au-dessus de la porte, la Déisis (= prière), avec le Christ au milieu, la Vierge à gauche et le Précurseur à droite. A l’extrémité nord-est le Ier concile œcuménique à Nicée et a l’extrémité sud-est le VIIe concile œcuménique.

Le bas des murs nord et sud contient les représentations d’illustres personnalités de l’ascétisme, saint Onuphre, Maxime le Confesseur, Paul de Thèbes, Zosime, Marie l’Egyptienne, Paul à Latro, Barlaam. Il ne manque pas non plus les grands mélodes de l’Eglise, Jean Damascène et Cosmas le poète.

La nef est aussi entièrement couverte de fresques. A la voûte le Christ Pantocrator domine par ses dimensions et sa place; il est entouré d’une garde d’honneur constituée d’anges; sur le tympan de la coupole, entre les fenêtres, figurent les prophètes en pied et tenant des parchemins annonçant la venue du Sauveur; sur les triangles sphériques les quatre évangélistes.

Sur le mur ouest et sur la partie ouest des murs nord et sud, au bas, on trouve des figures en pied des bienheureux et saints ascètes-ermites (saint Euthyme, Sava le sanctifié, Pacôme, Antoine, Théodose l’higoumène, Athanase l’Athonite, Ephrem le Syrien, Etienne le jeune, Jean Climaque, Nilos, Arsène le Grand, Ilarion etc.), Sur le pilastre sud du mur ouest est représenté en pied, habillé en moine et tenant à la main droite la croix et à la main gauche un parchemin, le fondateur du monastère «notre bienheureux père Athanase et docteur du saint Météore». Sur le pilastre nord figure symetriquement dans une même posture «notre bienheureux père, le fondateur Joassaf», tenant à la main droite une maquette du katholikon du monastère qu’il a fondé.

Sur les chœurs de l’église, à la zone inférieure, figurent en pied les saints militaires (au chœur sud: saint Georges, Theodore le «Térôn», Procope, Nicétas, Jacques le Perse, Eustathe; au chœur nord: Mercure, Artème, Théodore le chef de l’armée etc.), Un peu plus haut sur les trois murs -ouest, nord et sud- figurent deux séries de saints en buste. Au mur ouest, au-dessus de l’entrée principale et de la dédicace, une représentation intitulée «Anapesson» (le converti).

Le haut des surfaces murales et les voûtes des branches de la croisée sont couverts par le cycle dogmatique avec les fêtes du Seigneur et de la Vierge, les miracles du Seigneur etc. Tout au long du mur ouest domine la Dormition de la Vierge, imposante composition et, au-dessus, la Crucifixion au visage bouleversant du Sauveur ayant rendu l’âme. L’arcade ouest de la croisée on trouve des scènes de la Passion (la trahison de Judas, le Christ bafoué, le reniement de Pierre etc.).

Au sommet de la conque du chœur nord est représenté la Résurrection du Christ et, plus bas, l’apparition de Jésus aux femmes, le Christ à Emmaüs et divers miracles; à l’arcade nord de la croisée, les femmes porteuses d’aromates devant le sépulcre vide, Thomas tâtant les marques des clous etc.; au sommet de la conque du chœur sud, la Transfiguration, une composition majestueuse et admirable; plus bas, la résurrection de Lazare, les Rameaux etc. Sur l’arcade sud de la croisée figurent le lavement des pieds, la Cène, la Chandeleur etc.

Sur le mur est, qui sépare la nef du sanctuaire, au centre est historiée la Pentecôte et sur la zone supérieure l’Ascension. A droite, la Restauration des icônes et, à gauche, l’Exaltation de la sainte croix.

Le maître qui a peint cette œuvre a garde l’anonymat. Des tentatives de deviner la personne ou l’école à laquelle aurait appartenu le peintre ont été faites sur la base de certains éléments stylistiques. Ainsi on les a attribuées au grand peintre Théophane le Crétois ou à un groupe de ses élèves, ou encore au peintre sacré du monastère de Doussiko (saint Bessarion, 1557) Tziortzis. Aujourd’ hui, parfaitement restaurées, ces fresques impressionnent par leur splendeur, la diversité des couleurs et la perfection de l’exécution.

A l’extrémité nord du mur ouest de la nef, sur la bande blanche au-dessous de la première zone des fresques (précisément au-dessus des représentations de saint Euthyme et de saint Sava) le moine russe Basile Barskij, célèbre dessinateur des monastères des Météores venu ici en pèlerinage, a laissé la trace de son passage avec une note manuscrite émouvante: «Je te remercie Christ notre Dieu, -de m’avoir accordé, à moi Basile de Kiev le plus humble des moines, de visiter en -pèlerin tous les monastères des Météores... en l’an 1745, le 1er du mois de février». Cette inscription, recouverte ultérieurement avec de la peinture blanche, est presque illisible.

Le sanctuaire du katholikon représente la construction initiale de l’église du monastère. C’est l’église bâtie au milieu du XIVe siècle par le bienheureux Athanase le Météorite, que le deuxième fondateur du monastère, le roi-moine Jean-Joassaf Uros Paléologue, a agrandie et refaite en 1387/88, selon les informations tirées de la Vie de saint Athanase et les témoignages des dédicaces. Deux dédicaces sont situées à l’extérieur de la fenêtre de la conque du sanctuaire: l’une gravée sur le chapiteau en marbre (portant seulement la date - en l’an 1387/88 [=6896 — 5509/8]), l’autre gravée sur une étroite plaque de marbre placée verticalement: «Cette église sacrée de notre Seigneur Jésus Christ fut construite avec la contribution du plus vénérable des moines, Joassaf».

Une dédicace à l’intérieur du sanctuaire, inscrite sur le mur nord, fournit des informations et la date des fresques (1483): «Cette divine et vénérable église de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ fut fondée et bâtie grâce au labeur et aux frais de nos bienheureux pères, Athanase et Joassaf en l’an 1387/88 [=6896 - 5509/8] qui en sont les fondateurs; elle fut historiée avec la contribution et le labeur des humbles moines du monastère en l’an 1483 [6992 - 5509], de la deuxième indiction, le 21 novembre».

Le sanctuaire, qui constituait à l’époque le katholikon du monastère, fut donc historié en 1483. C’est pour cette raison qu’il a la forme d’une petite église indépendante, du type cruciforme avec deux rangs de colonnes surmontée d’une coupole. Ses fresques aussi couvrent du point de vue thématique le cycle hagiographique et dogmatique complet d’une église.

Sur la voûte figure le Christ Pantocrator (omnipotent) entouré d’un chœur d’anges; sur les triangles sphériques les quatre évangélistes; plus bas figurent en pied les pères de l’Eglise et hiérarques (Basile le Grand, Athanase le Grand, Cyrille l’Alexandrie, Jean Chrysostome etc.,). Sur le mur sud, image en Juste du saint local Achilios. A la partie supérieure de la conque du sanctuaire est représentée, selon l'usage, la communion, et au sommet de l’abside (chevet) la Madone de majesté entre deux anges gardiens tenant des éventails.

A la partie inférieure des autres murs figurent des saints militaires (mur sud): Théodore le chef de l’armée, Theodore le «Térôn», Georges le Cappadocien, Démètre le grand-duc (les deux derniers coiffés à la mode étrangère), Nestor, et des ascètes; (mur nord): saint Antoine, saint Euthyme. Juste au-dessus, une zone plus étroite porte les images de saints en buste.

Sur le pilier sud du mur ouest est représente «notre bienheureux père Athanase et docteur du saint Météore». Il porte son habit de moine et tient a la main un rouleau de parchemin qui résume la règle du monastère. Sur le pilier nord, symétriquement à la figure précédente, est représente le deuxième fondateur «notre bienheureux père Joassaf».

Les autres surfaces historient les douze fêtes de l’Eglise et de la Passion du Seigneur: sur le mur sud, la Nativité du Christ, le lavement des pieds, la Cène, la trahison de Judas; sur le mur nord, la Crucifixion, la Lamentation au pied de la Croix, la Résurrection, Thomas tâtant les marques des clous. Sur le pilier sud du mur est figure «l’intercession de la Mère de Dieu» et sur le pilier nord «saint Nicolas le protecteur ardent».

Les fresques du sanctuaire, désormais bien restaurées, constituent un brillant ensemble, représentatif des courants stylistiques de la dernière ère des Paléologues et du début de l’occupation turque qui a suivi la prise de Constantinople. Elles sont réalisées sur le modèle de celles qui historiaient les églises macédoniennes du XIVe siècle.

L’ancienne entrée de l’église primitive, le porche actuel, porte aussi des fresques: en haut la Prière; dans une niche, le Christ de majesté entre deux anges; de part et d’autre de la niche, la Vierge et le Précurseur en posture de prière, implorant pour le salut du monde; en bas, une fresque de style plus populaire, représentant les patriarches au paradis, assis sur des escabeaux; sur le bord des arbres et des fleurs stylisés.

2. Icônes portables: Les icônes portables du monastère ont une grande importance et présentent un intérêt particulier. Parmi celles de la nef, on distingue, pour leur valeur artistique et leur ancienneté, deux grandes icônes de l’ère des Paléologues (XIVe/XVe siècles), la Vierge à l’Enfant, sur un prie-Dieu en avant et à droite, et saint Nicolas, à gauche.

Les images de l’iconostase sont d’époques différentes, du XVIe au XIXe siècle: le Christ (XVIe siècle), la Vierge à l’Enfant (à droite de celle du Christ), le Précurseur et les vingt quatre représentations inspirées de l’Hymne Acathiste avec la composition centrale de l’Annonciation de la Vierge, sont les plus importantes pour leur valeur artistique et leur ancienneté.

La Vierge, a gauche de l’entrée du sanctuaire est tout aussi intéressante. L’icône est dédicacée: «Supplication du serviteur de Dieu l’higoumène Parthénios, de la main de l’humble lecteur, fils de l’oikonomos Kapessovitis, originaire de Zagori; 1790, le 12 mai». La Vierge porte le diadème. Le Christ est aussi habillé en roi et porte le diadème; il tient le sceptre dans une main et le globe dans l’autre.

L’icône des Archanges, la première à gauche de l’iconostase, est aussi dédicacée: «Cette icône de la synaxe des archanges fut historiée aux frais du bienheureux higoumène Cyrille, d’éternelle mémoire; en l’an 1830». Les autres icônes de l’iconostase sont aussi d’un art remarquable.

Enfin, les icônes des deux prie-Dieu en bois sculpté, près de l’entrée, présentent aussi un intérêt. A gauche, les fondateurs du monastère Athanase et Joassaf, tenant une maquette du bâtiment; à droite, la Transfiguration. Les deux icônes furent réalisées, selon leurs inscriptions, en 1822 (10 avril, 30 mars) «aux frais de l’évêque de Vella et Konitza Joseph, originaire de Naxos, par le peintre Lazare, originaire de Ano-Soudena Zagori».

Les icônes portables, exposées dans le musée du monastère, sont d’une grande importance du point de vue de leur ancienneté et de leur valeur artistique. Notons d’abord deux icônes significatives pour l’histoire du Grand Météore, offertes au monastère par Marie Paléologue (entre 1372 et décembre 1384), sœur du deuxième fondateur, le bienheureux Joassaf. L’une représente la Vierge a l’Enfant; figure en pied élancée, habillée en bleu qui occupe le centre de l’icône. Malheureusement les visages de la Vierge et du Christ sont abimés. En bas à droite, Marie Angéline est représentée toute petite, agenouillée aux pieds de la Vierge, habillée en reine avec diadème; au-dessus de sa tête, il existe une inscription en lettres capitales: «Marie, la très pieuse reine Angéline Comnene Doukas Paléologue». La Vierge est entourée par quatorze figures de saints en buste, peintes au bord de l’icône. Au-dessous de chacune de ces figures il y avait un bout de reliques. Aujourd’hui il n’existe que les cavités ou les reliques étaient autrefois posées. Cette icône faisait partie d’un diptyque. Sur l’autre partie, aujourd’hui manquante, étaient représentés le Christ et l’époux de Marie Paléologue, le despote de Ioannina, Thomas Preliubovic (23 décembre 1384), comme le confirme une copie de ce diptyque conservée en entier à la cathédrale de Cuenca en Espagne.

L’autre fameuse icône, aussi un don de Marie Paléologue au monastère, représente Thomas en train de tâter les marques des clous. Outre Thomas et les autres apôtres, Marie figure en pied, portant l’habit pourpre de reine et le diadème. Près d’elle, on distingue seulement le visage de son époux Thomas, homonyme de l’apôtre, dont l'incrédulité est mise à l’épreuve.

Un diptyque de l’époque paléologue représente la Vierge et le Christ. Peints sur fond doré, d’un côté, le portrait de la Vierge en pleurs, de l’autre, celui du Christ comme l’extrême humilité. Le visage de la Vierge exprime discrètement la souffrance contenue et la douleur intérieure. Les deux visages reflètent la noblesse. Il s’agit d’une œuvre d’une très grande valeur artistique pour la perfection de l’exécution et ses couleurs nuancées.

Remarquable est aussi une série de douze icônes portables du XVIe siècle représentant les saints du calendrier. Les portraits, parfaitement et finement exécutés et richement coloriés, rappellent des enluminures artistiques de manuscrits.

De la même époque (XVIe siècle) datent aussi les icônes des douze fêtes de l’Eglise (Dodécaorte) d’un bel art: la Présentation de la Vierge, l’Annonciation, la Nativité du Christ, la Chandeleur, les Rameaux, la Cène, la Crucifixion, la Dormition etc.


C. BIBLIOTHEQUE DU MONASTERE

MANUSCRITS — DOCUMENTS — IMPRIMES

La bibliothèque du monastère de la Transfiguration est l’une des plus riches et considérables bibliothèques de couvent. En dépit des mésaventures de six siècles et des crises historiques fréquentes, les moines des Météores ont préservé jusqu’à nos jours, avec dévotion et ferveur, les trésors inestimables de leur monastère, des codes manuscrits, des documents byzantins et post—byzantins, des imprimés rares etc. Des inventaires réalisés au siècle dernier et la consignation systématique par Nicolas Beès, au début de notre siècle (1908/9), des manuscrits et des documents du monastère, comparés aux données actuelles, montrent que les pertes furent heureusement minimes et insignifiantes.

1. Manuscrits: Parmi les 1200 manuscrits des monastères des Météores, 640 appartiennent aujourd'hui au monastère de la Transfiguration. Parmi eux, 86 sont des parchemins (69 codes et 17 rouleaux). Chronologiquement, ils couvrent une période d’environ dix siècles de création intellectuelle (IXe - XIXe siècles) dont la plupart sont du XIe - XVIe siècles.

Leur contenu est varié. A noter qu’ici valent aussi les règles générales qui régissent la constitution des bibliothèques de couvent, où le facteur déterminant le genre de livres manuscrits et imprimés collectionnés est surtout de satisfaire les besoins cultuels, les moines étant les usagers presque exclusifs de ces bibliothèques.

Ainsi donc ces codes sont fondamentalement des ouvrages théologiques et ecclésiastiques: des livres de liturgie (évangiles, épitres des apôtres, divines liturgies, prières, livres d’heures, de psaumes, de rituel, de cérémonial etc.), l’Ecriture sainte, des textes patristiques, hymnographiques, hagiographiques (vies, martyres, louanges, synaxaires et propres des saints, martyrs, néomartyrs et béatifiés de l’Eglise), livres dogmatiques, exégétiques, apologétiques, catéchétiques, ascétiques, d’exhortation, récits instructifs (tirés du livre "Gerontikon"), "parrésies", livres apocryphes. Il existe aussi une remarquable collection de manuscrits musicaux et juridiques (codes, confessions etc.).

Parallèlement aux codes de contenu théologique, il en existe d’autres, de la culture païenne, c’est-à-dire des écrivains de l’antiquité (Homère, Hésiode, Sophocle, Démosthène, Aristote, écrivains alexandrins) et des ouvrages plus récents: philosophie, grammaire, astrologie, alchimie et magie, médecine pratique, chroniques, ouvrages du genre épistolaire, mathématiques, ainsi qu’un certain nombre de livres de littérature populaire en prose ou en vers dont plusieurs très rares.

Hormis l’importance due aux textes qu’ils contiennent, ces codes ont une valeur particulière du point de vue de la paléographie, étant donné que par leur étude on peut suivre l’évolution et les divers genres d’écriture à travers les siècles. Il semble qu’aux XVIe et XVIIe siècles, le monastère de la Transfiguration possédait un atelier de manuscrits organisé avec des copistes et des calligraphes expérimentés. Les manuscrits du monastère portent en tout les noms d’environ cent-trente copistes; nombreux parmi eux ne sont connus que par leur travail exécuté au monastère.

Le plus ancien manuscrit est du IXe siècle. Il s’agit du fameux code 591 (ff. 423, Jean Chrysostome: homélies herméneutiques sur l’évangile selon saint Matthieu), écrit par le moine Eustache en 861/2 dans le monastère Sainte-Anne à Bithynie avec l’écriture en lettres majuscules et en lettres minuscules. C’est probablement aussi le plus ancien code daté qui se trouve aujourd’hui en Grèce.

Plusieurs de ces codes constituent des œuvres d’art remarquables. Ils portent des riches enluminures artistiques avec des miniatures impressionnantes, des frontispices et des lettres initiales multicolores très travaillés, ainsi que d’autres motifs décoratifs, notamment les très anciennes miniatures d' une grande valeur artistique représentant des évangélistes et d’autres saints dans les codes 540 et 552 (XIe siècle), 106 (XIIIe siècle) et 298 (XVe/XVIe siècle). Parmi les calligraphes connus du cercle artistique de Luc de Hongrie Valachie (1603 -1628), nous citons l’hiéromoine Anthime originaire de Ioannina qui, entre 1634 et 1641, a copié et enluminé les codes 217, 222, 223 et 508 (miniatures de

David, saint Basile le Grand, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire Dialogos etc.).

Enfin, les diverses notes qu’on trouve ici et là dans les pages de ces codes sont précieuses pour l’histoire locale et générale. Nous rapportons ici, à titre d’exemple, la notice du copiste, de l’année 1385/6, qui constitue aussi une intéressante du code 555, copié avec la contribution et aux frais du deuxième fondateur du monastère, Joassaf, quelques années après la mort d’Athanase: "Le présent ouvrage fut écrit grâce à la contribution et aux frais du roi et véritable moine, le bienheureux Joassaf; de la main du secrétaire du très saint évêché de Trikala, le prêtre Thomas Xiros; en l’an 1385/6 de la 9éme indiction, à l’époque u Dieu a voulu que les agariens deviennent maîtres non seulement de la ville de Verria, mais aussi d’une partie du monde".

2. Documents: Les archives du monastère contiennent une riche et intéressante collection de documents byzantins, post—byzantins et d’autres plus récents: des bulles d’or, des documents métropolitains, des lettres patriarcales sigillaires etc. qui constituent d’importantes reliques et des documents historiques précieux. Nous citons notamment la bulle d’or de l’empereur byzantin Andronic III Paléologue de 1336, en faveur du monastère Saint-Georges des Zavladia; la bulle d’or d’Etienne Douchan de 1348, en faveur du même monastère; les bulles d’or des années 1359 et 1366 du roi Siméon Uros Paléologue, père du fondateur du monastère du Météore, saint Joassaf; deux chartes émises en novembre 1372 en faveur du premier ermite de Stagi Nilos par le roi Jean Uros Paléologue, devenu quelques mois plus tard le moine Joassaf, deuxième fondateur du monastère du Grand Météore; une lettre de 1386 de la "reine" Marie Angéline Paléologue adressée a son frère le roi Jean et moine Joassaf; des lettres des métropolites de Larissa Antoine (avant 1380) et Joassaf (de 1392/3 et de 1400/1402) etc. Les documents les plus officiels et les plus importants sont exposés dans les vitrines du musée du monastère.

3. Imprimés: Des nombreux incunables et imprimés précieux sont aujourd’hui conservés au monastère. Leur nombre approximatif s’élève à 450 volumes (XVe - XIXe siècles).

Comme les manuscrits, ils sont pour la plupart des livres liturgiques, dont certains des éditions rares de Venise: une Ecriture sainte, 1518 (édition Aldo Manuce); des Epîtres, 1525 (édition Etienne Savios) et 1534 (édition André Counadis); des Propres des saints mensuels ("Minaia"), 1526-1541; une Paraclétique de 1528; un Florilège de 1555, préfacé par "le prêtre Nicolas Malaxos, recteur de Nauplie"; un Evangile de 1588, "corrigé par Emmanuel Glyzounios". Il ne manque pas, bien sûr, des ouvrages patristiques: "Quelques écrits de Basile le Grand”, Venise 1535, édition Etienne Savios.

Il existe aussi quelques éditions originales du célèbre érudit et humaniste de Venise, Aldo Manuce, appelées "éditionnes aldine" des chefs-d’œuvre de l’antiquité classique ainsi que des ouvrages de grammaire et des manuels: Théocrite, l’illustre poète alexandrin, ldylles - Opinions de Théognis; Hésiode, Théogonie - Les Travaux et les Jours - Le Bouclier d’Héraclès etc. de 1495; Théodore Lascaris, Grammaire; Apollonios d’Alexandrie le grammairien, De la syntaxe, 1495; Trésor- La Corne d’Amalthée et les Jardins d’Adonis de 1496; Aristophane de 1498, préfacé par l’illustre helléniste Marc Moussouros; Lucien de Samosate, Dialogues, 1503; Discours rhétoriques de 1513; Isocrate, de 1534 etc. Toutes aussi importantes sont les éditions d’autres auteurs classiques: Platon, Œuvres complètes, Bâle 1534, avec la célèbre ode de Marc Moussouros; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, "anno MDLIX [= 1559] excudebat Henricus Stephanus". Parmi d’autres, il existe une édition rare du lexique de Suidas par Démétrios Chalcocondyle le 15 novembre 1499 a Milan, et du Lexique de Barinos Favorinos édité à Rome en 1523 "supervisé et corrigé par Zacharie Kalliergios le Crétois".

Il existe enfin une édition qui mérite mention en deux volumes de l’Histoire Ecclésiastique de Nicéphore Calliste Xanthopoulos, "Lutetiae Parisiorum MDCXXX" [=1630], ainsi qu’une collection des historiens byzantins (deuxième édition, Venise 1729, tomes l - XII).


D. SCULPTURES SUR BOIS - BRODERIES D’OR — ORFEVRERIE

1. Sculptures sur bois: L’iconostase en bois séparant le sanctuaire de la nef dans l’église principale (katholikon) et les six prie-Dieu (quatre dans la nef et deux dans le narthex) constituent des chefs-d’œuvre de sculpture sur bois: richesse de décoration, variété des dessins et des sujets, combinaisons réussies, finesse et perfection de l’exécution. Des rameaux feuillés et fleuris, des pampres, des rosaces, des anges, des oiseaux, des lions, des dragons etc., composent des décorations admirables. Dorés comme ils sont, ils brillent et impressionnent, imposants et magnifiques.

Le dessus de la porte de l’iconostase est sa partie la plus ancienne, comme atteste l’épigraphe sculptée en forme de Π datée de 1634/5. Elle fut réalisée "de la main de Jean". En août 1791, selon deux dédicaces, l’une inscrite au-dessus de la porte, l’autre en haut à droite, l’iconostase fut restaurée et remplacée en grande partie là où elle était abîmée. Cette restauration fut faite grâce à l’initiative de l’évêque de Stagi Païssios Klinovitis (12 mai 1784 - 1808) et de l’higoumène du monastère, le célèbre "très musicien" et "chantre" Parthénios Orphidès. La nouvelle iconostase fut l’œuvre des maîtres épirotes Constantin, originaire de Linotopi, et Constantin, originaire de Metsove.

Des œuvres d’art de sculpture sur bois -mais sans dorure- sont les iconostases des chapelles Saints Constantin et Hélène et du Précurseur. Elles aussi ont une riche décoration (fleurs, feuilles, pampres, anges, effigies de saints, oiseaux, aigles bicéphales, dragons) remarquable par la perfection de l’exécution et le travail minutieux. Il semble que toutes deux furent réalisées à la fin du XVIIIe siècle, du temps du dynamique higoumène Parthénios, dont le nom est inscrit sur des icônes des deux iconostases.

L’ancien prie-Dieu en bois, situé dans l’église principale, richement et artistiquement décoré avec des incrustations en ivoire (figures géométriques en losanges, des fleurs avec leurs pédoncules et leurs feuilles dans des vases, des petits cyprès etc.) fut fabriqué, selon la dédicace en ivoire incrusté "à l’époque de Parthénios Orphidis, higoumène du monastère du Météore". Trois lutrins en bois (deux dans l’église principale et un dans la chapelle Saints Constantin et Hélène) sont du même style et faits dans des matériaux identiques. Ils ont dû être commandés ensemble par l’higoumène Parthenios au même atelier et réalisés par les mêmes artisans.

Un remarquable ouvrage de sculpture sur bois incrusté d’ivoire est aussi le trône abbatial de l’église principale. Selon sa dédicace en ivoire incrusté, il appartient "au saint, vénérable et royal monastère du Météore et au père spirituel Gérassime", higoumène du monastère à cette époque. Il fut construit en 1616-17 aux frais ("celui qui en paya l’exécution”) de Chrysanthos, vraisemblablement un des hiéromoines ou des moines du monastère. Il porte une riche et fine décoration d’ivoire: des petits oiseaux et animaux, des bourgeons feuillés et fleuris. Les parapets sont décorés avec des pampres, en bas deux lions face à face, en haut deux oiseaux face à face. Le dos du siège porte une miniature artistique (de dimensions 16x17 cm), l’icône du Christ de majesté dans un cadre rectangulaire. Le dais imite le ciel plein d’étoiles en ivoire incrusté.

Les croix en bois sculpté méritent une attention particulière. Elles sont exposées dans les vitrines du musée du monastère. La plus ancienne date de 1594/95 "achevée de la main de Jean Fragge, du pays de Doménikos... grâce à la contribution et au labeur d’Isaac, hiéromoine du monastère royal du Météore". Elle porte un revêtement métallique incrusté de pierres semi-précieuses et elle a des dimensions 34 x 11 cm (23 cm sans la poignée). Sur une face sont sculptées huit compositions avec la Crucifixion au centre, et sur l’autre autant de compositions avec la Nativité du Christ au centre.

Les trois autres croix en bois sculpté sont un prodige de patience et de dextérité. Elles sont l’œuvre du diacre Daniel "de Sainte-Anne", offertes par l’artiste lui-même au monastère du Météore "pour être placées sur l’autel du sanctuaire”. Une porte la date de sa fabrication: 1609/10. Deux portent des épigraphes avec le prénom Daniel. La troisième n’est pas dédicacée, mais en raison de son style, elle peut lui être attribuée avec certitude. Toutes les trois sont finement travaillées de la même manière, ont des dimensions presque identiques et constituent des véritables chefs-d’œuvre de sculpture sur bois et de travail de miniaturiste.

La plus grande des trois a des dimensions 91 x 40 cm (64 cm sans la poignée). Sur une face, elle porte onze compositions: la Crucifixion comme scène principale, les Rameaux, l’Ascension du Christ, la Pentecôte, la Dormition de la Vierge, la sainte Trinité (sous la représentation usuelle de l’hébergement des trois anges), l’Exaltation de la sainte Croix, la Résurrection, Thomas tâtant les marques des clous, les femmes au tombeau, Daniel dans la fosse aux lions. Sur l’autre face, onze autres représentations: la Nativité du Christ comme image centrale, l’Annonciation, la Transfiguration du Sauveur, le miracle de l’aveugle, la résurrection de Lazare, les trois jeunes gens dans la fournaise, la Présentation de la Vierge, la Chandeleur, le Baptême du Christ, la Mi-Pentecôte, l’échelle. Sur le bord décoratif dans la partie inférieure de la branche verticale de la croix, de part et d’autre, il existe une représentation de plusieurs personnages intitulée: "de l’Arbre de Jesse".

La plus petite des trois croix (47 x 16,5 cm) a des parties métalliques serties de vingt-trois pierres semi-précieuses. La dédicace porte le nom du monteur en orfèvrerie: "Thomas Papastamatis de Trikki".

Enfin, une petite malle -exposée aujourd’hui dans le musée- présente une intéressante sculpture sur bois colorié avec des motifs similaires à ceux qu’on trouve dans des maisons de maîtres à Siatista et à Ambélakia.

2. Broderies d’or: Le musée du monastère possède une remarquable collection de broderies d’or. On trouve: une nappe d’autel du XIVe siècle, offerte selon la légende par Marie Angéline, sœur du deuxième fondateur du monastère le bienheureux Joassaf; des Aërs d’étoffe pourpre brodés d’or; deux croix brodées d’or, restes d’un pallium du XIVe (?) siècle, l’une avec la Crucifixion, l’autre avec la Transfiguration; trois paires des manipules (XVIe — XVIIIe siècle) avec des anges brodés d’or; des étoles pastorales (XIVe — XVe siècle) avec des représentations d’anges, de la Vierge, du Précurseur et des prélats (saint Basile le Grand, saint Grégoire le Théologien, saint Jean Chrysostome, saint Nicolas); une ceinture brodée - portant la date 1794 - de l`évêque de Stagi Païssios Klinovitis. Une mitre ornée et brodée d’or sur velours a une importance particulière pour l’histoire du monastère. Elle a appartenu a l’higoumène Siméon (milieu du XVIe siècle), considéré comme le troisième fondateur du monastère.

Les deux “épitaphes" (nappe d’autel) brodées d’or méritent une mention particulière. La première, de l’ère des Paléologues (XIVe siècle), est en soie pourpre brodée, de dimensions 1,70 x 1,16 m. Au centre domine la figure du Christ défunt qui occupe presque entièrement la longueur du tissu. Il est entouré d’anges tenant des éventails, de chérubins, représentés avec trois paires d’ailes, et de séraphins aux yeux nombreux. Les emblèmes des évangélistes occupent les quatre coins: l’ange de Matthieu, le lion de Marc, l’aigle de Jean et le bœuf de Luc. Le reste de l’étoffe est rempli de rosaces a six branches brodées d’or. Les points sont fins et d’une grande maîtrise; les couleurs des fils (or, argent, bleu, jaune, brun) composent un tableau qui rend bien les détails et les nuances. Par des détails bouleversants, l’ensemble - sobre et avec peu de personnages - met en relief le corps inanimé, inerte et rigide du Dieu-Homme et la douceur céleste de son visage. Les visages des anges expriment la douleur contenue et reflètent, eux aussi, la douceur, la noblesse et la sérénité. La bordure porte une citation liturgique connue, en six vers de quinze syllabes, brodée d’or: «j’attends Ta Parousie effroyable, ô Roi, avec foi et impatience...».

La seconde "épitaphe", datée de 1620/21, est brodée sur de la soie verte et a des dimensions 98 (81) x 75 (58) cm. Au centre domine la figure du Christ défunt étendu. Son corps inanimé est représenté avec une grande plasticité. A droite, la Vierge appuie douloureusement et affectueusement son visage contre celui de son fils. Au-dessus, Marthe, Marie et Madeleine se lamentent. L'affliction du cœur est magistralement exprimée sur les visages de la Vierge et des trois femmes qui, par leur attitude digne, soulignent la souffrance intérieure.

Des figures brodées représentant des anges, les archanges Michel et Gabriel, les quatre prophètes David, Jérémie, Essaie et Moïse, les emblèmes des quatre évangélistes aux coins, complètent la composition. En bas, une dédicace, brodée d’or et de pourpre, mentionne que cet ouvrage fut réalisé en 1620/21 aux frais des moniales Tatiane, Makaria, Manasia et Synglétikè. La bordure porte la citation en vers brodée d’or: "j’ attends Ta Parousie effroyable, ô Roi...", mais incorrectement orthographiée. Enfin, un ruban de soie rouge, orné de belles broderies d’or symétriques et répétées, entoure l’ensemble.

3. Orfèvrerie: Au monastère, il existe aussi une importante collection d’ouvrages d’orfèvrerie de diverses époques (XVIe - XIXe siècle) avec des représentations de saints et d’autres motifs décoratifs. Ce sont presque exclusivement des reliquaires, étant donné que le monastère du Grand Météore s’est fait le dépositaire sacré de nombreuses reliques saintes de notre Eglise.

Ceux qui revêtent cependant une signification particulière pour le monastère ce sont les reliquaires d’argent richement décorés de ses deux fondateurs. Chacun est orné différemment avec des motifs symétriques et répétés, et des anges. La chasse o l’on conserve le chef du bienheureux Athanase date - selon son épigraphe - du 15 mars 1805; sur le couvercle circulaire, son effigie empreinte en relief. Le reliquaire du bienheureux Joassaf, deuxième fondateur du monastère, date -selon son épigraphe- de 1789; sur le couvercle aussi son effigie, empreinte en relief. Tous deux sont gardés dans une vitrine au-dessus de la tombe des deux fondateurs, située dans le narthex du katholikon du monastère.

Parmi les nombreux autres reliquaires d’argent finement décorés, nous citons celui (1614) qui contient le chef dé saint Jean le Miséricordieux; celui (1617) du chef de saint Jean Climaque; ainsi qu’une châsse d’argent (1760) contenant un fragment du corps de saint André de Crète qui porte une inscription avec le nom de l "‘humble orfèvre, Missios Kalaritis” (issu des Kalarrytes de l’Epire). Pour finir, mentionnons un autre coffret précieux contenant des ossements de la main de saint Basile le Grand, reliquaire exécuté en 1794 "du temps de l'hiéromoine Parthénios, higoumène du monastère".

Il existe aussi trois petites croix dé bénédiction remarquables, fabriquées sur bois avec une monture d’orfèvrerie d’ argent magistrale.


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